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L’intrépide capitaine Akatz Ielena est appelée sur la planète Clamoria. La reine se meurt et le prince héritier a disparu. Dans ce royaume matriarcal, monter sur le trône exige d’être une femme. Le prince doit changer de sexe. Mais la colère gronde chez les hommes, ces citoyens de seconde classe. Ont-ils enlevé le prince pour le soustraire à son terrible destin ? C’est ce qu’Akatz est chargée de découvrir.
Dans cette première enquête intersidérale grand-format, nous retrouvons la capitaine Akatz, agent mi-humaine mi-féline, que nous avions déjà rencontrée dans les Collectifs du Fou. Fidèle à elle-même, Akatz martyrise avec bonheur son jeune compagnon, le doux Isidore Laime, et peut toujours compter sur sa fidèle IA, Polaris, aussi efficace que jalouse. Un roman SF qui joue avec les codes d’un genre longtemps réservé aux héros masculins pour mieux les renverser.

Le roman commence par l’enlèvement de Prince Arthur, enfin on dit enlèvement quand on n’est pas d’accord… Puis au chapitre suivant nous découvrons les deux personnages principaux : la capitaine Akatz déjà placée sur un piédestal dès les premières phrases. Elle est LA grande capitaine, expérimentée, humble, lointaine et indestructible ; tandis que Isidore est un pauvre petit homme qui pleure.
Le style est simple mais l’action ne prend pas : on ne s’inquiète pas, on ne suit pas le mouvement et on n’a aucune crainte quant au devenir de l’héroïne.

Dans ce roman, c’est la part belle aux femmes auxquelles sont attribuée tous les clichés habituellement masculins : carrure, courage, force, intelligence, détermination, hautes fonctions dans la société etc. Les hommes sont plus faibles, moins intelligent, plus fragile. La preuve le pauvre petit Isidore supporte mal les voyages en hyper-espace « Une question d’hormones sans doute » s’amuse l’auteure.
C’est assez sympathique de voir les codes renversés de cette manière, de voir les femmes choisir des hommes avec dédain juste pour la nuit, ou de les traiter comme des petites filles maladroites. Toutes les expressions sont également retournées et c’est assez amusant de lire « Isidore… […] ainsi donc vous avez décidé de vous comporter en femme. »

Mais outre le cadre du roman, il y a les personnages qui, malheureusement, manquent tous de profondeur. La capitaine Akatz est parfaite et on n’a jamais peur pour elle (alors même qu’elle se trouve en situation périlleuse), elle esquisse parfois des sentiments (souvenirs douloureux d’une transformation d’ADN involontaire, sentiments pour Isidore) mais ce ne sont que des phrases vagues et courtes qui n’ont que trop peu de poids. Les pensées sont trop peu décrites et cela ne nous aide pas à nous attacher aux protagonistes. De plus, le fait que ses attributs félins révèlent ses émotions (oreilles couchées, queue battante) devrait la désavantager lors de ses entretiens d’enquête, mais l’auteure n’en fait même pas mention ; preuve que la capitaine Akatz est parfaite même ce défaut ne la désavantage pas.
Par ailleurs, le second, Isidore fait tellement bête à coté de « la grande capitaine » que cela le rend ridicule, il fait des bourdes de débutants et on dirait un enfant inconscient. Bref impossible de s’attacher à lui aussi.
Quant aux personnages secondaires… ils sont très caricaturés. La baronne Hélie est acariâtre et hautaine comme le veut sa haute position aux cotés de la Reine, la Duchesse est aguicheuse comme une actrice de vieille série B et l’Intelligence Artificielle, Polaris, n’a pas grand intérêt.

Au final le seul personnage auquel j’ai réussi à m’attacher est celui qu’on voit le moins : le prince Arthur.
Malgré tout, je me suis surprise à me demander qui avait bien pu l’enlever. L’histoire a donc tout de même réussi à m’intriguer.
Son dénouement est simple et heureux et c’est tant mieux. Ce livre est aussi une réflexion sur l’égalité des sexes.

L’Héritier de Clamoria
Benedict Taffin
Editions du 38