rivatleskernsdeloubliT1Alors que cette trilogie sort en poche, je commence seulement ma lecture de son édition d’origine. L’Homme Sans Nom est une maison d’édition qui a mis en avant de nombreux talents comme Nicolas Debandt, Marc-Antoine Fardin ou, plus récemment, Oren Miller. Des couvertures soignées et une présence qui ne passe pas inaperçu dans les salons font de cette maison un incontournable des littératures de l’imaginaire.

Comme nous parlons salon, si Feldrik Rivat est indubitablement un spécialiste du montage de stand, il est également un auteur attachant et abordable qui sait mettre à l’aise les lecteurs et les emmener dans ses univers. Cette trilogie des Kerns de l’Oubli m’a été présentée, si ma mémoire ne me fait pas défaut, comme un mix de 300 et de Conan le Barbare. Autant dire que, moi qui déteste les références dithyrambiques, j’ai plutôt été sceptique.

Mon début de lecture de ce premier tome a d’ailleurs été assez douloureux. Imaginez des personnages différents qui s’expriment tous à la première personne comme autant de narrateurs au fil des chapitres qui leurs sont consacrés. Des actions qui s’écrivent au présent, dans un monde qui, même s’il est cartographié en fin de volume, ne semble pas très facile à appréhender. Et enfin, cerise sur le gâteau, des noms de lieux et de personnages parfois tellement complexes à retenir pour mon grand âge que j’ai plusieurs fois craint de décrocher.

Mais je me suis accroché. Grand bien m’en a fait. Feldrik Rivat fait preuve d’un don certain pour l’épique. Et c’est là peut-être qu’a résidée ma difficulté à entrer dans le texte, car il nous plonge immédiatement dans l’action, quand l’île d’Almenarc’h est attaquée de plusieurs côtés à la fois. Parfois avec les défenseurs, d’autres fois parmi les assaillants, nous sommes happés par les combats que se livrent des guerriers qui prêtent bien peu d’égards à la vie d’autrui. Nous jeter d’entrée de jeu dans la mêlée, voilà bien un démarrage quelque peu ébouriffant.

La caractérisation est très marquée entre des personnages égoïstes et d’autres altruistes. Une dichotomie qui va jusqu’au manichéisme, réfutant l’idée des niveaux de gris. Les enjeux, les complots politiques se multiplient dans ce monde. Les thématiques centrales sont classiques avec la mort du héros, la transmission avec le fils de ce dernier qui peu à peu prend de l’envergure, non pour venger ce père, mais pour conquérir la place qui aurait dû lui revenir, et le destin d’un royaume entre les mains d’une poignée de protagonistes aux intérêts bien différents.

En conclusion, Feldrik Rivat réussit ce premier opus grâce à un chapitrage court, une écriture nerveuse et dynamique, un humour qui illumine de temps à autre ce récit plutôt sombre, et surtout un style et une langue si belle, telle qu’on aimerait la lire plus souvent, mais qu’on a affadi à force de vulgarisation, si ce n’est de vulgarité. Ecrire pour le plus grand nombre n’est pas forger une langue dégénérée, mais permettre à tous de s’élever vers ce que la langue à de plus subtil et unificateur. Tout cela nécessite un effort de la part du lecteur, au travers d’un lecture active, mais c’est ce type de lecture qu’on conserve durablement et qui vous aide à grandir et forger une culture. Les glossaires en fin de volume sont plus qu’utiles afin d’éviter un regrettable décrochage. Un bien beau début de trilogie sous une plume précise.

Les Kerns de l’Oubli T1 – L’exil
Feldrik Rivat
Couverture illustrée par Alexandre Dainche
Les Editions de L’Homme Sans Nom
2013

19,90 €