foscorFOSCOR est un groupe qui nous vient, une fois n’est pas coutume, d’Espagne. Originaire de Catalogne et, plus précisément, de Barcelone, le groupe débarque avec son quatrième album, le premier depuis 2009. Mais si l’Espagne et sa côte Est évoque invariablement soleil, chaleur, sueur, mer et autres shorts, claquettes et bikinis, ici le propos est bien plus sombre et froid. En effet depuis 1997, date de sa formation, le groupe s’évertue à proposer une musique d’obédience Black Metal, même si toujours plus ou moins saupoudrée d’une ambiance plus progressive. Mais avec ce quatrième album, les quatre gaillards ont décidé d’inverser la tendance et d’accentuer ce côté progressif de leur musique pour aller vers quelque chose de plus proche d’un TRYPTIKON. C’est-à-dire un rendu sonore jouant beaucoup plus sur les ambiances et la recherche d’une certaine profondeur, mais en gardant une certaine agressivité.

Ainsi, tout au long des sept titres qui jalonnent leur nouvelle production, les espagnols tentent de développer des titres à la fois Dark et planant (Addiction) tout en voulant être Black et brutal (L.Amor.T). Malheureusement, ces parties planantes sont souvent très inégales d’un titre à l’autre, les vocaux clairs notamment étant sinon mal assurés, du moins guères heureux (Whirl of Dread).

Ce qui frappe également tout au long de la durée de l’écoute, c’est la multiplication, comme une sorte de fil rouge, de riffs dissonants et discordants, qui étaient certainement sensés renforcer le côté malsain des ambiances développées. Mais incapable d’adhérer à ce parti pris, je n’ai pu m’empêcher de trouver ces riffs profondément plats et désagréables (Those Horrors Wither, Graceful Pandora). Certains me diront « s’il aime le Black sans adhérer aux riffs dissonants et discordants, il a un problème le monsieur ». Certes leur réponds-je donc, mais non en fait. Parce que les riffs qui nous occupent ici, pourraient effectivement s’inscrire dans une veine Black Metal tout à fait classique et agréable à l’écoute, mais ils doivent faire face à un problème de taille : ils ne sonnent pas ! Ils pourraient pourtant. Mais non. Rien à faire. Par je-ne-sais-quel miracle (production ? Arrangement ? Composition ? Le mystère demeure…), ils restent désespérément plats et n’évoquent rien d’autre que du désagrément à mon oreille.

Toutefois, et malgré les apparences, tout n’est pourtant pas à jeter dans ce Those Horrors Wither. En effet, là où le groupe parvient à (me) convaincre c’est lorsqu’ il accélère le mouvement et retrouve son grain et son agressivité Black Metal à travers des riffs plus incisifs (Senescencia) mais aussi grâce aux vocaux extrêmes que l’on sent particulièrement habités (Addiction, L.Amor.T). Plus encore, il faut attendre le dernier titre, To Strangle A Ghost, pour enfin se rendre compte de ce qu’aurait pu être cet album si nos amis d’Outre-Pyrénées avaient réussi à trouver la même alchimie sur les autres morceaux. Ici, tel un miracle que l’on n’attendait plus, les parties progressives et planantes et celles plus sombres, colériques et agressives de la musique de FOSCOR, arrivent à s’équilibrer voire à se marier pour un rendu finalement assez prenant et auquel on revient avec plaisir. Bien sûr quelques longueurs persistent ici et là, mais rien qui puisse ternir le soulagement de voir les barcelonais atteindre (enfin) leur but.

Ainsi, si l’on sent bien que les compatriotes de feu Cervantès ont cherché, avec cette nouvelle livraison, à peaufiner leur musique et à proposer quelque chose de vraiment travaillé et personnel, la sauce ne prend finalement jamais vraiment. Si l’on rajoute à cela que la production sonore paraît pour le moins faiblarde par rapport au style de musique pratiqué, on ne peut qu’espérer que le groupe continue de progresser pour nous proposer quelque chose de plus abouti que cet album en demi-teinte.

Those Horrors Wither
Foscor
Alone Records
2014