71+gd8+NmhLTout juste rescapée de l’attaque dans les profondeurs de Montmartre, Jade s’éveille entre les murs sécurisant d’une forteresse médiévale au cœur de l’Auvergne. Le château est le cœur de la Confrérie des Chevaliers de Saint-Michel qui lutte depuis le 12e siècle contre les Enfants d’Erebus. Jade y retrouve le fidèle Ahar ainsi que le jeune homme au bras mécanique et visage moitié métallique qui l’a sauvée à Paris, Arsène. Déjà impressionnée par la vaillance de ces deux jeunes compagnons, Jade fait la connaissance de celui qui les dirige et qu’ils suivraient jusqu’en Enfer, le baron Géraud de Morlon ainsi que de son épouse, la troublante Yasmina et de Willem le génial inventeur du groupe. Avide de réponses, Jade ne tarde pas à réclamer des explications sur ce dont elle a été témoin à Paris, sur le but réel de Schwartzkönig, sur le fameux obélisque qui a coûté la vie à son père, sur ces créatures hideuses avides de sang et de chair humaine, sur ce que sont les Enfants d’Erebus. Ce qu’elle entend retrace une tragédie au-delà du temps et de l’espace, une guerre qui opposa les Anciens et les Dévoreurs, puissants êtres vivants d’un autre cosmos qui se battirent les uns pour survivre, les autres pour anéantir. De batailles en fuites vers d’autres recoins de l’espace, les Anciens atterrirent sur la future Terre, y impulsant la vie, bâtissant des cités telle que celle qui fut découverte en Antarctique, attendant les Dévoreurs qui, une fois leur appétit rassasié ne manqueraient pas de poursuivre leur chemin jusqu’à eux. Contraints de laisser le destin de la Terre entre les mains de leurs créatures, les Hommes, les Anciens dont la race s’éteignit scellèrent toutes les portes d’espace-temps séparant la Terre des Dévoreurs. Mais ils furent trahis par leur propre armée de gardiens, les Shoggoths et si une ultime bataille offrit un répit à la Terre, la fin de cette guerre millénaire approche. Les Enfants d’Erebus, humains adorateurs des Dévoreurs, cherchent à ouvrir la plus grande des portes et pour cela ils ont besoin de la clé. L’obélisque en est une partie. L’autre se trouverait au Caire selon un partisan des Chevaliers de Saint-Michel. Parce qu’elle a vu l’obélisque de près, parce qu’elle souhaite contrer les desseins du meurtrier de son père, Jade accepte de rejoindre le Caire avec Arsène et Ahar pour expertiser cette seconde pièce de la clé. Cependant, ils doivent agir vite : la conjonction des planètes et des astres sera bientôt parfaite pour une invasion des Dévoreurs, les Enfants d’Erebus le savent et ils sont eux-mêmes sur la piste de ce dernier élément…

Le premier tome des Enfants d’Erebus, déjà très bon, n’était qu’un avant-goût de ce qui se déploie dans Nymphose. Enveloppés dans une succession de décors à couper le souffle, passant de l’enfilade de couloirs, d’escaliers, de salles pleines d’un mobilier d’époque, de machines et autres inventions rutilantes et stupéfiantes pour les années 30, le récit et l’aventure personnelle de Jade happent le lecteur. Difficile de lâcher ce tome ne serait-ce que pour dormir !
Alliance savoureuse de technologie inédite propre à cette partie du 20e siècle qui ne cessa de chercher, trouver, mettre au point toutes les plus grandes inventions de notre temps, et d’une mythologie imaginaire imposant une guerre ancestrale venue d’un autre cosmos pour peupler la Terre non seulement de vie animale et humaine mais aussi des conséquences tragiques d’une mutuelle annihilation d’espèces, Les Enfants d’Erebus affirme dans ce second tome un ton enivrant et un suspense implacable.
Lorsque le fantastique se pare d’un zest de science-fiction mêlé d’histoire et de réalisme, on ne peut que plonger dedans.

Jean-Luc Marcastel ménage ses effets. Avec une audace qui rappelle celle d’un Roger Leloup (Yoko Tsuno), il ose l’anachronisme et la fantaisie, invente une technologie de pointe, implante une source extra-terrestre à ce conflit mystérieux, justifiant l’apparition de créatures mélange de toutes les espèces animales terrestres les plus… repoussantes pour mieux les imbriquer dans un récit haletant qui, décidément, tient brillamment le choc.
L’historien n’est jamais loin, il se devine dans la manière avec laquelle il enrobe ses personnages d’un environnement réaliste des années 30, tant esthétique que politique. On ressent la tension de l’entre-deux guerres, les restes du traumatisme de la Grande Guerre, on y hume le parfum exotique des sables égyptiens, on entrevoit la splendeur des pyramides sous le soleil et le raffinement colonial des hôtels pour riches voyageurs, on imagine chacun des protagonistes dans leurs atours de l’époque.
Si d’autres personnages font leur entrée en scène avec superbe, Morlon en tête, Jade demeure une héroïne attachante, un rien capricieuse mais courageuse. L’excès d’attention dont bénéficiaient ses descriptions physiques dans le premier tome tend à se justifier à mesure que l’on avance dans l’histoire. Cette perfection physique qu’est Jade n’est pas uniquement là pour plaire au lecteur ou magnifier l’héroïne. On devine peu à peu que cela cache autre chose, lié à cette force mystérieuse qui semble l’habiter et se déployer lorsqu’elle est en danger. Un premier élément de réponse, mais non des moindres, attend le lecteur dans les dernières pages, gare aux cœurs sensibles !
Ses compagnons de lutte ne sont pas en reste. Géraud de Morlon, géant paternaliste et guerrier, comme son épouse, magnifique déesse faite chair, gardent leur aura mystérieuse sans pour autant se départir d’une présence qui en dit long et refuse le second plan. Ahar et Arsène s’exposent un peu plus, affichant une tendre complicité fraternelle est un commun désir de protéger leur nouvelle amie. Le récit de leur rencontre et du début de leur amitié est à ce titre merveilleux à lire, Jean-Luc Marcastel contournant habilement le schéma classique un rien ennuyeux par un jeu de dialogue entre les trois jeunes gens auquel s’allie la fertile imagination de Jade. Pour ne rien gâcher, l’attirance mutuelle entre Jade et Arsène est semée par petites touches tout au long du volume, saupoudrée d’une certaine obscurité prometteuse.
Les révélations peuplent Nymphose, elles tissent les liens entre ses héros mais se gardent bien de tout dévoiler, réservant l’absolue vérité aux lecteurs du tome suivant.

Une couverture superbement illustrée dans le ton du titre, une qualité papier rare pour ce format semi-poche, une typographie choisie sans coquille ni fausse note, J’ai Lu offre une éditions soignée qu’il fait plaisir à tenir en mains.

S’achevant sur un final mené tambour battant, petite facétie appréciée de Jean-Luc Marcastel, Nymphose se dévore littéralement avec l’appétit d’un Dévoreur qui n’écoute rien de la raison, uniquement la passion.

 

Nymphose, Les Enfants d’Erebus T.2
Jean-Luc Marcastel
J’ai Lu
Collection : Semi-Poche Imaginaire
Illustration : Fotolia / Editions J’ai Lu
Sortie : 24 septembre 2014
12,90