71AUN-K0lfLChayton Parx est un jeune homme pas banal. À 24 ans, il consacre toute sa vie à son métier d’aide-soignant, ne comptant pas ses heures, soucieux d’aider les malades de son mieux. Son dévouement attaché en majeure partie aux malades en fin de vie surprend parfois mais Chayton n’en a cure. Il choisit même d’ajouter à ses heures de boulot en clinique des soirées de garde malade chez un vieil homme atteint d’un cancer. C’est en se rendant chez Octave que Chayton rencontre Juliet, une jeune femme qui vit à demeure, s’occupant du vieux malade en échange de la chambre qu’elle occupe. Elle est à la fois désinvolte et anxieuse quant à la santé du vieil homme et Chayton comprend vite que sous ses dehors brusques, Juliet est attaché à son hôte. Les choses se mettent rapidement en place mais un élément angoisse immédiatement le jeune homme : dans le jardin de la propriété s’étalent des ruches. Or, Chayton nourrit une phobie des abeilles non seulement parce qu’il est allergique à leurs piqûres mais aussi et surtout suite à une mésaventure de son enfance. Pris au piège par Juliet et son indéfectible besoin d’aider les malades, il devient pourtant garde malade d’Octave. Mais lorsqu’un soir, resté seul avec Octave, Chayton voit, horrifié, les fenêtres se couvrir de tant d’abeilles qu’elles parviennent à en forcer l’ouverture, il croit entendre un murmure dans leur bourdonnement infernal avant de tomber évanoui sous le coup des piqûres qui manquent de le tuer. À son réveil, Chayton comprend peu à peu que quelque chose a changé. Il peut voir et parler avec des fantômes comme n’importe avec quel vivant, les distinguant à peine les uns des autres. Et de nouvelles abeilles s’entêtent à le poursuivre… Désemparé mais décidé à percer le mystère, Chayton s’adresse alors à son grand-père, Ernest, spécialiste des sciences occultes. Il n’imagine pas encore que ces appels de l’Au-delà vont le ramener à ce qu’il s’est efforcé d’oublier de tout son être, le drame qui l’a condamné à une vie sans saveur, honni par ses parents et haï de lui-même…

Les histoires de vivants qui voient des fantômes, interagissent avec eux et font en sorte de les aider à quitter leur état d’âme errante pour un ailleurs bien plus beau… Rien de très original à première vue que la base de Aetherna. Guère plus que son personnage principal, un jeune homme tellement dévoré par la culpabilité mise en place dès les premières pages par un subtil clin d’œil à un enterrement et une première rencontre avec l’abeille, qu’il renie sa propre existence. Frôler la mort pour accéder au sens magique permettant de voir les fantômes n’est pas non plus une étape très nouvelle… Pourtant, on s’attache rapidement à Chayton.

Ce héros mal dans sa peau mais généreux au possible, courageux à sa manière, philanthrope, porte une histoire qui est bien construite, va vite et à l’essentiel, réserve quelques frissons, surprises et sourires. En dépit de son manque d’originalité de départ, Chayton est un personnage qui se révèle assez original, il ne passe pas des lignes et des lignes à pleurer sur son sort ou à reprocher aux autres son étrange destinée. Un caractère fort et fragile à la fois, bref, un protagoniste réaliste. A ses côtés, Juliet est peut-être le seul personnage vraiment original. Une fille dont le passé pourrait en faire ne paumée mais qui se bat de son mieux et survit grâce à la générosité d’un vieil homme pour lequel elle se montre dévouée sous ses airs bravaches et sans finesse. Pas un prix de beauté mais une femme qui, bien que jeune, est éprouvée par la vie, ne se laisse donc pas abattre et agit comme un aiguillon de bon sens sur le mental blessé de Chayton. C’est d’abord une franche amitié qui se tisse entre eux, et cette relation entre deux êtres qui se ressemblent par les cicatrices qu’ils portent au cœur, joue le rôle majeur de fil conducteur dans le déroulement du récit.

Les protagonistes secondaires ne sont pas aussi importants mais acquièrent un statut notable de par leur caractère. Gustus, le fantôme protecteur débarqué de la fin du 18e siècle est un allié maladroit mais délicieux, Starck l’odieux chef de service mérite bien son sort, Ernest le papy illuminé est bien serviable, enfin du moins c’est que ce tout le monde croit, Timmy l’âme perdue… Tous jouent leur rôle, pas rose mais souvent porteur d’émotions et d’actions qui fluidifient l’histoire.
On ne s’ennuie pas en lisant Aetherna, on se laisse simplement porter par le désir de savoir ce que nous réserve Guilhem Méric et le fait est que l’on ne peut être déçu, surtout par la fin qu’il a choisie.
La vraie note inédite réside dans le syncrétisme des croyances et pratiques occultes sur lequel Guilhem Méric fait reposer son récit. Voguant entre croyances typiquement dogmatiques (paradis, limbes, enfer, esprits munis d’ailes angéliques, esprits frappeurs, anges gardiens…) et amérindiennes (les abeilles messagers de l’Au-delà, les outils de conjurations ou de communion utilisés par Chayton, le pouvoir médiumnique du jeune homme, la lignée de sorciers indiens à laquelle il appartiendrait, les réincarnations…), il assoit son propos sur une base mystique plutôt crédible, intéressante, presque envoûtante. Les simples descriptions d’essaims de milliers d’abeilles suffisent à pétrifier le lecteur au même titre que Chayton et la fascination banale que les Européens éprouvent envers les rituels et croyances amérindiennes se teinte ici d’onirisme concret.

J’ai Lu ajoute à son catalogue un autre bon choix éditorial écrit par un romancier français, publié sans coquille, suivant une qualité esthétique et papier devenue propre à sa collection Semi-Poche Imaginaire.

Aetherna est un bon roman, qui cache derrière l’apparente simplicité de ses premiers chapitres, une histoire qui vous saisit et vous entraîne jusqu’à la dernière page.

 

Aetherna, L’Emissaire de l’Au-delà
Guilhem Méric
J’ai Lu
Collection : Semi-Poche Imaginaire
Illustration : Guilhem Méric / J’ai Lu
28 janvier 2015
14,50