roullierdionysosleconquerantAprès Les Tribulations amoureuses de Poseïdôn, Louise Roullier nous revient avec Dionysos le conquérant, toujours chez Les Netscripteurs Editions. Même si le dieu des océans apparaît dès le prologue, c’est bien Dionysos le héros de ce court roman composé de deux parties. La première traite de la conquête des Indes par celui qui n’est pas encore un dieu olympien, mais qui va le devenir en guerroyant afin de faire adhérer à la passion alcoolique les populations indigènes.La seconde partie s’intitule Ampélos, du nom d’un faune qui serait un des tous premiers grands émois amoureux de celui qui n’est pas encore tout à fait un dieu, mais qui, parce qu’il fût un temps presque mortel, en a toujours gardé ce qui en fait la richesse : les plaisirs éphémères que nous passons toute une vie à retrouver.

S’adressant à un public adolescent, à partir de 11-12 ans, mais aussi adulte, cet ouvrage met en lumière un héros, un dieu mythologique et permet ainsi au plus grand nombre de (re)découvrir les fondations des sociétés européennes et méditerranéennes. Nous ne sommes cependant pas dans la vulgarisation stricte telle qu’on peut l’entendre lorsqu’il est question de sciences. C’est par l’humour que Louise Roullier amène ses connaissances érudites de la thématique, il n’est qu’à voir l’impressionnante bibliographie figurant en fin de volume. L’approche est ainsi agréable et ludique, même s’il y aura toujours des intégristes du genre qui, comme moi, ont jadis plus appréciés les notes brutes des œuvres d’Homère chez Gallimard-Flammarion que le texte en lui-même. L’humour du premier texte, car il est question d’alcoolisation de populations sobres, peut être qualifié de truculent, à la limite du rabelaisien.

Toujours pour ce premier texte, le seul bémol, qui m’est très personnel, est que les anachronismes me font saigner des yeux. Généralement, c’est la maladresse de l’auteur qui les génére, mais ici c’est volontairement, afin d’utiliser tous les ressorts comiques possibles, qu’ils sont déversés à la chaîne créant parfois l’effet d’un mauvais San Antonio, même si, au demeurant, l’auteur de Saint Chef est loin d’être, toujours à mes yeux sanguinolents, une référence de l’humour.

Le style de l’auteur est fluide et très agréable, même s’il est entrecoupé de notes humoristiques. Les notes de bas de page et les deux glossaires, l’un consacré au vocabulaire et l’autre aux personnages, complètent parfaitement cet apprentissage de la culture antique. La trame narrative est bien menée et sa progression sans à-coups montre déjà une belle maturité dans sa plume. Si le premier texte tend se revendique comique, le second est dramatique et fait ressortir l’humanité de Dionysos au travers de ses tourments amoureux.

C’est avec ce second texte que je me suis dit avoir affaire à un vrai écrivain. Louise Roullier fait preuve ici d’une plume expérimentée qui fait ressortir à merveille un récit antique en respectant les codes du genre. Puisqu’il est question du genre, elle arrive à nous faire partager l’amour de Dionysos pour Ampélos qui pourtant est du même genre que lui, et cela tout naturellement. Comme je l’évoque parfois dans les textes où il est question d’amours homosexuelles, si aujourd’hui un tel amour doit – trop souvent – rester discret ou, tout du moins, lutter contre le regard formaté de la société, ce type de relation était toute naturelle dans l’Antiquité où les hommes étaient couramment bisexuels, son pendant étant cependant de reléguer les femmes au simple rôle d’objets de quêtes, du moins dans les récits antiques.

Les Netscripteurs, et Isabelle Marin tout particulièrement, ont bien compris que le talent n’attend pas le nombre des années, et me laissent parfois le regret qu’ils n’aient existés à mon époque. Le making of qui cloture l’ouvrage est une excellente idée qui nous fait partager le processus créatif lié à cet objet, ce making of qui se retrouve dorénavant dans tous leurs ouvrages est un plus intéressant. Pour en revenir à la présente œuvre, l’essentiel est ici de permettre l’accès à toute cette richesse qu’offre la mythologie grecque à un lectorat le plus large possible. Louise Roullier avait ainsi trouvé ce lectorat avec son premier roman et on ne peut que lui souhaiter de faire de même avec ce nouvel opus, qui sous des abords parfois délirants, même si Ampélos est une merveille tragique d’un classissisme délicieux, n’en est pas moins une approche complète et distrayante du mythe dionysiaque.

Dionysos le conquérant
Louise Roullier
Couverture illustrée par Michel Borderie
Les Netscripteurs Editions
Collection Légendes et contes merveilleux
2014

12,50 €