1302-waynest1Les catalogues de Bit-lit sont rarement composés de grandes révélations du genre fantastique mais Milady aime à la fois rester classique et surprendre son lectorat. Avec la parution de ce premier tome de la série Waynest, du nom de son héroïne, on peut dire que l’éditeur est parvenu à ajouter un zeste d’originalité à une catégorie trop souvent malmenée par les clichés.

New York. Shiarra Waynest est détective privée, elle s’occupe la plupart du temps de rechercher des personnes disparues, des fugueurs ou de filer des maris volages. Mais en cette journée ensoleillée, alors qu’elle est plutôt soucieuse des problèmes financiers de sa petite entreprise, l’allure et les paroles de sa potentielle cliente mettent le feu à son esprit pourtant aguerri. Face à elle, une mage lui fait une offre aussi alléchante que repoussante : trouver un artefact et le lui remettre contre une somme d’argent et des avantages non négligeables. Certes, Shiarra a besoin d’argent, elle en a plus que marre de laisser son associée payer les factures, mais la perspective de faire affaire avec un des clans surnaturels de la ville, contrat qui l’obligerait à fréquenter assidument des loups-garous et des vampires en plus des mages afin de découvrir quelle espèce est en possession du dit objet ne lui dit rien de rien. Pourtant, les problèmes d’argent l’emportent sur les appréhensions et même le dégoût de Shiarra pour les Autres et elle accepte. Elle ignore encore combien cette « mission » va changer radicalement sa vision des Autres et mettre en danger tous ce à quoi elle tient.

De prime abord, et ainsi que le promet l’opération marketing de Milady, on est séduit par le caractère non conventionnel de l’héroïne. Shiarra Waynest en plus d’être affublée d’un nom pas possible proche d’un roman de fantasy, est décidée, franche, débrouillarde mais elle est aussi pleine de contradictions, n’est pas une tueuse-née de créatures surnaturelles, ne se balade pas avec un flingue avant d’en avoir absolument besoin, ne cogne pas dans tout ce qui bouge, est facilement impressionnée et même terrorisée par ses cibles, bref, si elle est une « grande gueule », elle n’en est pas moins une personne proche de la réalité du lecteur. Attachante donc, ses seuls attraits un rien originaux sont son travail, sa chevelure rousse flamboyante et sa capacité d’adaptation. Le récit est fluide, d’une prose banale mais bien amenée écrite à la première personne. On accompagne donc littéralement Shiarra dans cette mésaventure qui se tisse autour de ses faits et gestes, l’entraîne au cœur des clans de vampires, de mages, de sorciers et de loups-garous qui tous ont un rôle à jouer, une raison de s’intéresser à Shiarra et à l’objet de sa quête.

L’histoire oscille entre accroches originales et utilisation de codes tellement usités qu’ils en sont devenus des clichés peu séduisants au fil de la très nombreuse production de livres du genre. Dans le classique vu et revu, Jess Haines a pioché la nature de ses Autres bien entendu mais aussi le chantage affectif ; les rivalités entre clans ; la transformation vestimentaire de son héroïne en clone de Sélène de la saga Underworld, armement compris ; le pouvoir de l’artefact recherché ; l’allure superbe, séduisante, sensuelle d’un vampire très ancien aux dents évidemment longues qui ne rêve que d’une chose que l’héroïne ne saisit pas avant la fin de son épopée alors que le lecteur comprend tout de suite l’idée du monstre ; les décors évidents des possessions immobilières de ses créatures surnaturelles ; l’armement type nécessaire à l’affrontement humain-vampire. Heureusement, et même si cela ne saute pas aux yeux dans les premiers chapitres, Jess Haines a enveloppé tout ça de quelques trouvailles intelligentes et bien mises en place. Les Autres, révélés au monde par la tragédie du 11 septembre mais qui vivaient tranquillement parmi les humains auparavant ne se cachent donc plus, ils bénéficient même d’une législation adaptée et tout ce petit monde devrait vivre en bonne harmonie si les appétits divers et variés ne venaient s’en mêler. Subtile manière d’introduire une part vitale de la saga puisque les liens légaux qui vont unir Shiarra et le maître vampire Royce sont non seulement un important enjeu dans ce tome mais annoncent un développement bien meilleur encore dans les suivants. Ensuite viennent les retournements de situation. Nul doute que Jess Haines maîtrise bien la manière dont elle entraîne le lecteur dans l’esprit de Shiarra de sorte que ses déductions pourtant logiques tombent parfois bien à côté. On savoure alors un bon suspense coupant le rythme des codes trop connus qui, sinon, plomberaient le récit. Enfin, les quelques accessoires anti-vampires ou anti-créatures autres que les armes à feu et les pieux sont intéressants : ceinture magique, armure discrète, pendentif anti-intrusion psychique, parfum qui masque l’odeur de son sang ou de la peur… Pas mal du tout.

Ce premier volet des aventures de Waynest est agréable à lire, il se parcourt vite du fait de sa prose fluide et simple, ouvre sur une suite de même acabit ou meilleure, mais surtout il gagne son pari : fidéliser le lectorat autour d’une héroïne attachante car différente. C’est de la bit-lit de qualité et même s’il ne laisse pas un souvenir impérissable, on se laisserait facilement tenter par les tomes suivants.

Traquée
Waynest T1
Jess Haines
Traduction : Lionel Evrard
Milady
Collection Bit-lit poche

7,60 €