les Derniers ParfaitsJ’ai eu l’occasion, il y a quelques temps, de chroniquer le premier dyptique de fantasy de Paul Beorn et à l’époque, je n’avais pas réussi à adhérer à son univers, à son style, l’ensemble me laissant un goût d’inachevé. En revanche, il me semblait évident que cet auteur allait se bonifier au fil de ses parutions et j’étais donc curieux de voir ce qu’il allait ensuite produire. J’ai appris il y a peu la parution de son dernier roman, Les Derniers Parfaits, et j’ai donc souhaité voir si finalement mes soupçons étaient avérés.

Commençons par la couverture : je connais un peu l’œuvre de David Lecossu pour avoir travaillé avec lui et je dois dire qu’une fois de plus, il est parvenu à se surpasser, nous proposant une véritable invitation au voyage. Cette scène est sans défaut, et je n’ai rien de plus à dire dessus tant elle est adaptée au roman… La présentation de l’éditeur a fini de dissiper les doutes que j’avais suite au titre du roman : il s’agit bien ici d’un roman de fantasy ancré dans un des passifs historiques les plus sombres de la France : l’Hérésie cathare.

Dans le royaume de France ravagé par la guerre contre les légions catharis d’Occitania, Cristo, un soldat prisonnier, échappe à ses geôliers enchaîné à trois compagnons d’infortune. Les quatre fuyards que tout oppose doivent s’entraider pour survivre, contraints de se cacher puis d’emprunter les chemins de traverse. Commence alors pour eux une haletante course-poursuite à travers un pays ennemi dominé par des démons et vivant sous le joug d’une Église catharis fanatisée. Ici, dans les vestiges d’un antique Empire disparu, une magie ancienne continue de survivre dans des talismans et d’immenses tours-statues. Au coeur des forêts profondes et des montagnes déchiquetées des terres occitanes, pris dans le fracas des combats, Cristo et ses compagnons prendront conscience de porter en eux un pouvoir insoupçonné. Ils verront leur destin basculer et le monde trembler sous leurs pas.

J’ai toujours aimé les romans de fantasy possédant une base historique, ceci étant sans doute dû à mon amour de cette science, mais je suis régulièrement assez critique avec les fonds réalistes donnés aux romans et surtout avec les débordements qui sont faits. Soyons francs, Paul Beorn n’hésite pas une seconde à utiliser l’histoire de cette période comme simple trame de base sans s’attacher particulièrement au réalisme des détails. Est-ce que cela m’a gêné en réalité ? Non, pas le moins du monde, car l’auteur prend dès le départ ses distances sans chercher à se targuer d’un fonds historique réel et assume parfaitement ses digressions.

Le scénario qui nous est ici proposé est finalement assez classique en terme de fantasy et son ancrage au cœur de l’histoire n’est pas anodin, lui donnant une profondeur supplémentaire, un intérêt ajouté. Car au fil des pages, Cristo, Mousse et les autres deviennent des amis, des personnages que l’on a plaisir à suivre, à voir évoluer sans pour autant se lasser d’eux. Même si parfois les rêves du premier sont un peu rébarbatifs, le lecteur comprend sans difficulté le sens profond de ses motivations. Je n’ai toutefois décelé aucune faille dans la création des personnages, dans leur évolution, ou dans le scénario proposé. Un magnifique récit, donc.

Mais c’est surtout stylistiquement que, à mon sens, le bât avait blessé lors de la première saga de l’auteur. Je n’avais pas réussi à m’intégrer dans son univers, son style me paraissant trop approximatif et pompeux. C’est souvent une erreur que l’on peut déceler dans les premiers romans, l’auteur n’ayant pas encore l’habitude de son style (oui, cette phrase est étrange mais je l’assume…). Or cette fois, j’ai reçu une grande claque : je m’attendais à ce que Paul Beorn ait mûri son style au fil de son écriture, qu’il ait gagné en clarté et en efficacité mais là, il est en tout point parfait, adapté impeccablement à son récit.  Chaque mot semble choisi pour que l’ensemble coule telle une eau fraîche et scintillante. J’ai retrouvé dans Les Derniers Parfaits un style et une fluidité d’écriture digne des plus grands, de Bordage à Bottero en passant par nombre d’autres.

Paul Beorn ne s’est donc pas contenté de montrer aux lecteurs qu’il avait su se bonifier, progresser, il m’a tout simplement démontré que j’avais eu tort de douter de son style, de ses capacités d’auteur et reconnaissant mon erreur, je le prie donc de m’en excuser car Les Derniers Parfaits est l’un des meilleurs romans de fantasy français qu’il m’ait été donné de lire cette année… Merci Paul pour cette magnifique épopée et à bientôt sur de nouvelles terres imaginaires, je l’espère…

Les Derniers Parfaits
Paul Beorn
Couverture de David Lecossu
Mnémos

21 €