martinletronedefer01Ce premier tome du Trône de fer s’intitule en version originale Song of ice and fire, ce qui pourrait se traduire par Le chant de glace et de feu. Cette première œuvre du monde du Trône de Fer s’est d’abord trouvée en France sous la forme de deux volumes ; le premier portant le titre éponyme de la saga et le second s’intitulant Le donjon rouge. De glace et de feu, il en sera question sur divers niveaux de ce récit. La glace est d’abord celle qui recouvre le nord du royaume et qui se poursuit bien au-delà du Mur sur lequel la garde noire veille, empêchant ainsi les Autres, ces créatures terrifiantes d’investir le royaume.

Ce nord est la terre du seigneur Eddard Stark de Winterfell que d’aucuns nomment affectueusement Ned. Sa famille, fort nombreuse, et lui règnent sur ces terres sous l’autorité du roi Robert Baratheon. Si la maison de ce dernier a pour animal totem le cerf, celui des Stark est le loup-garou, un animal qui n’affectionne rien tant que le froid qui sévit dans cette partie du royaume.

Quand le roi Robert propose à Ned de devenir la Main du Roi, ce dernier hésite, puis finalement cède. Ce poste consiste à faire respecter les décisions du Roi et de le représenter. Bien sûr, nombre de seigneurs ne verront pas ce choix d’un bon œil. Cela ne se fera pas sans sacrifices de la part de la maison Stark, car Ned devra rejoindre la Cour royale dans le sud avec la moitié de ses enfants. Son épouse, Catelyn, son fils aîné appelé à le succéder à sa mort et son plus jeune fils resteront quant à eux à Winterfell pour diriger cette contrée stratégique. Jon, son fils bâtard, s’engagera dans la garde noire. On ne devient membre de la garde que par vocation ou par rédemption. Le courage et l’abnégation demandés sont si grands que bien peu y accèdent par vocation comme Jon.

Et le feu me direz-vous ? Le feu, c’est d’abord la chaleur du sud. Un endroit où il fait si bon vivre et où le roi Robert réside ainsi que la Cour. Le feu c’est aussi celui de la maison du Dragon, celle de l’ancien tyran que le seigneur de la maison Lannister tua de bien vile façon alors que sous l’impulsion de Robert, le monde changeait de dirigeant. Mais les héritiers de ce Dragon se cachent depuis bientôt sept années et de nouvelles alliances leur laissent entrevoir la possibilité de reprendre le pouvoir et de semer à nouveau la terreur dans tout le royaume.

Des créatures terrifiantes au Nord, un ennemi qui va reprendre des forces avant de monter à l’assaut du trône de fer, voilà qui devrait être une histoire avec un potentiel suffisant pour occuper quelques volumes de bonne lecture. Mais cela ne suffit pas à George R. R. Martin qui va aussi introduire un ennemi de l’intérieur prêt à tout pour conquérir et garder le trône. Et il ne s’agit pas moins que des héritiers de la maison Lannister, celle du lion, et plus particulièrement du dangereux ser Jaime, le frère jumeau de l’autre comploteur, la reine Cersei, la propre épouse du roi Robert.

Nous pourrions penser, de prime abord, qu’un si grand nombre de personnages peut nuire à la bonne attention du lecteur qui s’engage dans la lecture d’une telle saga. Il faut d’ailleurs préciser que le quinzième tome intitulé Une danse avec les dragons est sorti en France le 9 janvier dernier chez Pygmalion. La profusion de personnages s’avère au contraire être une grande richesse, car ils ont tous des caractéristiques que l’auteur va s’attacher à nous faire prendre en compte par une narration dans laquelle il va accorder à chaque personnage important le premier rôle d’au moins un chapitre. Nous avons là une saga d’une très grande qualité d’après ce que je peux en juger sur les premières bases du récit et qui peut nous emmener loin tant les potentiels mis en place par l’auteur sont vertigineux.

Quant au style de George R. R Martin, je ne peux que me réjouir de retrouver sa belle écriture et sa créativité que j’avais découvertes dans son superbe roman de science-fiction intitulé L’agonie de la lumière. Ce ne sont cependant pas tant les coquilles, oublis d’espaces et autres malfaçons de l’ouvrage qui assombrirent ponctuellement ma lecture que la traduction. En effet, s’il est un métier de l’ombre avec lequel on se montre souvent ingrat, c’est bien celui de traducteur. Cependant, si je reconnais que la tâche fut rude dans le cas présent, avec notamment des traductions de termes à consonances médiévales bien difficiles à transposer, il n’en reste pas moins que je ne peux croire que George R. R. Martin ait parfois recours à des figures de style étranges, voire à des phrases incomplètes. Nous avons de toute évidence affaire à un souci de traduction et de relecture dans la présente édition. Rassurez-vous, car cela n’est pas permanent et l’histoire se suffit à elle-même pour passer ces caps sans grande rancœur à l’endroit de l’éditeur. Je vous recommande si cela ne vous fait pas trop peur de vous essayer à la version originale, sinon sachez que le traducteur n’a changé que pour les derniers volumes sortis. Pour ma part, je n’ai que trop tardé à m’intéresser à cette œuvre incontournable de la fantasy.

Le trône de fer

Le trône de fer T1

George R. R. Martin
Couverture illustrée par Olivier Frot
Traduction par Jean Sola
Editions J’ai lu
Collection Fantasy
2001

8,10 €