heroLes zombies sont à la mode, c’est un fait. Après, comme pour toutes les histoires qui mettent en scène des créatures fantastiques qu’on a vues et revues un peu partout, au bout d’un moment, ça commence à bien faire. Alors, il faudra gérer finement pour faire la différence. Vu que dernièrement, on a quasiment tout fait avec les zombies, et ce en jouant sur tous les tableaux imaginables et sous toutes les formes possibles (cf. Shaun of the DeadLes Zombies qui ont mangé le monde, FidoWalking DeadResident EvilMarvel ZombiesAbraham Lincoln vs. ZombiesOrgueil et préjugés… et zombiesBienvenue à Zombieland… etc, etc.), on serait en droit de se demander : à quoi bon un de plus ?

Pourtant Kengo Hanazawa est un malin. De fait, il a décidé de faire un manga réaliste. Enfin, en gros. On pourrait d’ailleurs penser que s’il a choisi des zombies, plutôt qu’autre chose, c’est que c’est finalement le monstre le plus plausible. Celui qui a le plus de chance de chances de se produire dans notre réalité (ici l’excuse à peine esquissée, et qui n’a en fait pas tant d’importance, est celle de l’accident bactériologique).

De là part tout le principe de son manga : et si cela arrivait pour de bon ? Et si l’on se focalisait sur ce type-là, qui, en dépit du titre, n’a en fait rien d’un héros ? Comment ce type réagirait-il ? Carrément, l’auteur en profite pour créer un récit méta-discursif fascinant. À la différence du Bakuman de Obbata et Obha, qui se la jouait un peu “défense et illustration” du shonen, par la théorie et l’exemple, Hanazawa se positionne clairement dans le camps de ceux qui veulent bouleverser les codes.

Le personnage principal, Hideo, est une sorte d’otaku mollasson, mangaka et amateur d’armes à feu. Attendant de décrocher une nouvelle série (sa dernière oeuvre n’a tenu que deux volumes avant de cesser faute de ventes suffisantes), il est assistant sur un manga porno, il s’occupe entre autre de tramer les glands des personnages. Clairement pas le prototype du héros. Toujours plus inattendu et déroutant, Hanazawa prend tout son temps pour installer l’intrigue et les personnages, le premier zombie n’apparaissant qu’à la toute fin du volume. Ce qui représente tout de même 11 épisodes en prépublication avant d’entrer dans le vif du sujet, un pari audacieux, quand on sait comment fonctionne le milieu du manga (lire pour ça le sus-dit Bakuman qui explique bien les enjeux économiques et éditoriaux).

Dans ce premier volume, on assiste justement à des débats théoriques, entre Hideo et les autres assistants du studio où il bosse, sur leur passion commune. On le voit encore en réunion avec son responsable éditorial. Celui-ci lui reproche le “manque de présence” (comprendre d’héroïsme) de son protagoniste principal. “Il a l’air d’un personnage secondaire ou même d’un passant. Et plus loin, au coeur de l’action, ce sera Hideo lui-même qui répétera : “Je suis un personnage secondaire”. Pas héroïque, donc, on le voit traverser (à partir du second volume, où les zombies pullulent) le carnage sans tenter de sauver qui que ce soit, juste sa propre peau. Il porte son fusil (il pratique le tir dans un club) dans un carquois mais sans jamais le sortir. Il se répète en boucle “Je ne dois pas fuir”, mais ne fait que ça.

En fin de compte, le véritable enjeu narratif du récit est simple : Hideo va-t-il finir par prendre part aux évènements ? On pense un peu à Shinji, dans Neon Genesis Evangelion, ou aux – justement – personnages secondaires de Buffy contre les vampires, bien plus intéressants que la protagoniste principale. Une démarche plutôt nécessaire et plus que justifiable, pour lutter contre les innombrables et lassants héros parfaits sous toutes les coutures. Le tout, ici, joué à la perfection dans un récit qui s’étale, semble traîner en longueur, alors qu’il n’en est rien. Et ce, avec un dessin maîtrisé, entre réalisme détaillé et expressions grossières des personnages. Intrigant et bien fichu de bout en bout.

 

I am a hero
T.1, 2 et 3 (5 tomes parus)
Kengo Hanzawa

Big Kana (Dargaud – Lombard)

7,45€