Dès ce second tome, on sait que le suspense promis est au rendez-vous.

Andô est persuadé qu’Inukaï est un homme dangereux mais il ignore comment faire pour que cette vérité éclate. Il est seul tandis qu’Inukaï est parvenu à obtenir la popularité aveugle d’une grande majorité de la population. Même s’il est avéré qu’il a bien un don, Andô reste dans l’expectative de ce qu’il peut en faire. Pourtant, il décide de tester sa capacité à travers son frère. Au cœur d’une fête foraine, il réalise qu’il peut agir sur n’importe qui à une distance maximale de trente pas. Soudain, un accident se produit devant leurs yeux, envoyant un manège heurter violemment le sol. Il n’y a pas de victimes mais Andô aurait pu être à la place du seul siège resté vide, seul siège démoli par l’impact ! Une voix résonne dans sa tête, un avertissement. La panique commence à gagner le jeune homme. Tout ceci est-il réel ? Se fait-il des idées ? Il n’est personne, il n’a pas pu être remarqué par Inukaï ou un de ses « soldats ». Andô espère se convaincre quand un nouvel ennemi surgit face à lui : un tueur à gage, surnommé la Cigale, un as du couteau. Andô se retrouve dos au mur : s’il veut survivre, il va lui falloir accepter qu’il n’est pas aussi insignifiant pour son adversaire qu’il pense l’être lui-même.

C’est avec une maîtrise impressionnante que le duo d’auteurs affine le développement de cette histoire surprenante. Dans le monde du manga, il y a souvent un groupe de méchants face au héros ou à son équipe. Mais Le Prince des Ténèbres prouve qu’il se démarque des codes établis, affirme respecter le roman dont il est tiré. Sous le trait toujours dynamique, expressif et détaillé de Megumi Ôsuga, la plume de Kôtarô Isaka exerce un attrait de plus en plus fort sur le lecteur. Andô est toujours seul et demeure un garçon peureux mais conscient, intelligent qui, après s’être contenté d’observer les autres pour y adapter ses réactions, se rend compte qu’il est le seul témoin objectif des buts réels d’Inukaï. Il se sent même si seul qu’il ne se confie à personne, toujours par crainte d’être mis à l’écart et rejeté, mais garde ses sens en alerte. Cette solitude face à l’ennemi est telle qu’il n’imagine pas un instant être une gêne pour Inukaï et ses sbires. Le lecteur est donc tout aussi surpris qu’Andô de voir un tueur à gages se lancer après lui, couteau en avant, en pleine rue ! C’est face à l’imminence du danger que le jeune homme révèle non seulement l’ampleur de son pouvoir mais surtout un esprit vif qui, associé à sa capacité inattendue, lui sauve la mise. A tel point que le tueur, la Cigale, renonce et cherche même à l’aider. Il est curieux face à cette proie en apparence si fragile mais ayant la force de lui échapper. Encore une fois, le « contrat » sur la tête de notre héros était un avertissement. En peu de temps, voilà de quoi effrayer n’importe qui, surtout un Andô déjà peu sûr de lui.
On se prend à suivre le déroulement de la guerre qui s’installe entre Andô et Inukaï avec fébrilité. Aucun énervement face à l’hésitation, aux questions communes qui entravent l’action d’Andô, car, au contraire de la plupart des héros de manga, il nous apparaît humain, banal et donc terriblement proche de nous. Le réalisme est une autre importante clé du Prince des Ténèbres.

Le Prince des Ténèbres T.2
Kôtarô Isaka & Megumi Ôsuga

Editions Kurokawa – seinen
6,50 euros