Le Peuple des rennes est un merveilleux voyage dans le temps, à travers les terres gelées de l’âge de bronze. Cette aventure se vit plus qu’elle ne se lit, devenant un périple tout aussi initiatique pour le lecteur que pour Tillu, son héroïne. Palpitante, cette œuvre ne cesse d’impressionner tant par sa richesse stylistique que par son scénario grandiose. Sans concession pour ses protagonistes, Megan Lindholm nous transporte une nouvelle fois dans un univers difficile mais de toute beauté. Ouvrir cette intégrale donne une saveur de rêve éveillé. Un pas dans la neige et le souffle chaud d’un renne sous les étoiles…

Dans un univers désolé où le froid et la nuit règnent en maîtres, une femme hors du commun, Tillu la guérisseuse, se bat pour protéger son fils, l’inquiétant Kerleu.

Fuyant le chaman Carp qui désire lui voler son fils pour en faire son apprenti, elle s’installe loin des hommes, à l’écart, bien décidée à aider son jeune Kerleu à devenir un homme. Jusqu’au jour où elle aperçoit deux chasseurs dans le vallon. La chasse tourne mal, l’un d’eux est blessé. Comprenant vite que sans son aide, il risque de mourir, Tillu n’a d’autre choix que d’aller le sauver et de les héberger pour la nuit. Elle apprend qu’ils appartiennent à une tribu, installée non loin de là : le peuple des rennes.

Une intégrale ! Quelle merveilleuse idée ! Le Peuple des rennes et Le Frère du Loup devaient être réunis. Cette couverture met d’ailleurs ces deux tomes en valeur malgré sa simplicité. C’est un véritable plaisir de pouvoir lire d’une traite cette aventure épique. Bien sûr, la saga fait partie depuis plusieurs années déjà des œuvres magistrales de Megan Lindholm. Mais la retrouver en un seul corps de texte est réellement bienvenu. Publiée pour la première fois en 1988, traduite en français en 2004, cette oeuvre est un aboutissement qui fera plaisir à tous les fans de Megan Lindholm, ou de Robin Hobb ! Pour ceux qui ne connaissent pas encore Le Peuple des rennes, l’intégrale est le choix tout indiqué à faire.

Nous suivons donc les aventures de Tillu, guérisseuse, qui se bat pour protéger Kerleu, son fils déficient. Malgré son retard, le garçon détiendrait un pouvoir lui ouvrant les portes des arcanes chamaniques. Cette idée ne plaît pas à sa mère qui va tout faire pour échapper au désagréable mentor de Kerleu, le vieux Carp. Celui-ci semble exercer une emprise malsaine sur le garçon. Traversant les terres désolées, mère et fils vont tenter de survivre. La rencontre avec le peuple des rennes va-t-elle vraiment leur apporter la sécurité ?

C’est un voyage passionnant, mais aussi bouleversant que celui de Tillu et de son fils. Il est vrai que j’étais un peu sceptique face à la quatrième de couverture. Je me demandais quelles aventures épiques allaient vraiment pouvoir vivre une mère et son fils à travers les terres désolées du Nord. Bien loin de mes scénarios favoris, je m’attendais au pire. Le scepticisme a laissé place à l’émerveillement. Je pense que c’est l’une des meilleures lectures qu’il m’ait été donné de faire. La profondeur du récit est époustouflante et les difficultés et les questionnements de la guérisseuse sont d’un réalisme saisissant, si bien que l’immersion est totale.

Je pense que Megan Lindholm a réussi un véritable tour de force avec cette saga, prouvant une fois de plus son talent. Même si certains arrivent à faire la distinction entre elle et son alias, Robin Hobb, pour moi ces deux personnalités sont indissociables. En plus d’être une fabuleuse conteuse, Megan Lindholm n’hésite pas à nous offrir ses sentiments les plus profonds. Il n’était pas dit qu’une histoire comme celle-ci puisse captiver. Alors, comment en est-on arrivé à un tel chef d’œuvre ? Il est toujours difficile d’analyser un roman, mais je me dois de vous donner mon opinion.

Tout d’abord, l’histoire repose sur le combat d’une mère pour sauver son enfant. De l’influence d’un vieux chaman au talent douteux, de la dureté d’une vie dans le froid intense, de lui-même aussi. Kerleu est à l’âge où les enfants chassent et peuvent subvenir aux besoins de leur famille. Pourtant, le garçon ne peut réaliser la moindre tâche, frappé par son handicap. Il attire les inimitiés des peuples que sa mère et lui rencontrent. C’est le cœur de l’histoire qui rythme le cours du récit. Seuls face à tous, les rencontres qu’ils vont faire vont changer leur vie. Rien de sensationnel à première vue. Cependant, Megan Lindholm écrit avec intelligence et émotion, sans tomber dans la sensiblerie.

Au-delà du combat d’une mère, c’est également le combat d’une femme contre une société dirigée par les hommes. Le mâle chasse : cette conception archaïque, renforcée par la violence mesurée du récit, ne peut que susciter la sympathie du lecteur.

Le chamanisme : il irrigue le récit. Présent sans savoir s’il résulte d’une simple superstition ou si les esprits de la nature sont réellement à l’œuvre, ce pouvoir effrayant donne une vraie saveur à l’histoire. Carp joue-t-il de la crainte qu’il inspire pour subvenir à ses besoins ou peut-il vraiment s’adresser aux esprits animaux ?

Pour moi, ce sont avant tout ces éléments qui donnent tout le charme au récit.

Je ne peux que vous conseiller la lecture du Peuple des rennes car il emmène loin, très loin, sur la piste des rennes et de ce peuple nomade qui traverse les steppes glacées. Peut-être trouverez-vous plaisir à contempler cet autre mode de vie, une certaine envie également face à la simplicité et au courage de ces peuples qui auraient bien pu vivre avant nous !

Le Peuple des rennes

L’intégrale

Megan Lindholm

Traduit de l’anglais par Maryvonne Ssossé

Le Pré aux clercs

29,90€