Seth [500]Lors d’un transfert en hélicoptère, malgré la présence d’une escorte d’élite, le criminel de grande envergure Seth, emprisonné dans une camisole ressemblant bien évidemment à un sarcophage, parvient à jouer les filles de l’air. Parmi les membres de l’escorte, seul survit Luther, le superflic qui déjà l’a arrêté, et qui comprend instantanément que c’est reparti pour un tour de manège.

A travers la traque de Seth par Luther, nous découvrons un monde futur. Les séquenceurs génétiques y sont devenus des gadgets à portée de tous, les véhicules sont pour la plupart électriques, les puces informatiques sous-cutanées sont monnaie courante et les hologrammes ont atteint une telle perfection que l’on peine à les différencier d’individus réels. L’auteur ne précise jamais la date mais dans la mesure où il est question du cent-dix-neuvième tour de France l’on suppose que l’on n’est pas loin de l’année 2032.

C’est dans ce contexte futuriste, mais finalement très proche du nôtre, que sévissent Seth et deux de ses acolytes, Gogo, une diabolique septuagénaire échappée d’un asile, et Lady Maud Kraven, son amante virtuose de la gâchette. Leur programme est simple et se résume en un seul mot : le Mal. L’option la plus simple est de commencer par tout faire sauter, que ce soit le métro, la tout Eiffel et autres bricoles secondaires. Et aussi d’assassiner quelques personnes, dont le Président le la République, exactement à la date prévue.

Car Seth, en tant que méchant de service, ne fait bien entendu pas dans la dissimulation. Ce serait trop facile. Il avertit ses victimes à l’avance et malgré toutes leurs précautions accomplit en virtuose ses méfaits. Mais la situation, comme le réalise bientôt Luther, accompagné de Michel, un jeune journaliste particulièrement dynamique, n’est pas particulièrement simple. Il semble qu’un autre tueur sévisse. La France tremble. A Paris, la Préfète est aux abois, et l’entourage du Président n’est pas précisément au mieux.

Si l’on compare « La Règle de Seth » au dernier volume de l’auteur, « Magies secrètes », que nous avions précédemment chroniqué, nous avons affaire à un récit plus simple, moins fouillé, moins foisonnant en détails de tous genres (même si l’on retrouve ici aussi, mentionné au passage, le billard à huit pieds), sans doute parce qu’il s’adresse à un public plus jeune. En sus du suspense, on y trouvera une bonne dose d’humour, souvent présent à travers les dialogues (on notera tout particulièrement ceux du chapitre des bains-douches, avec sa salle de relaxation qui ressemble à « une morgue pour vivants »), ainsi qu’un soupçon de dépaysement : la traque ne sera pas purement hexagonale, mais, à l’occasion de la recherche d’un sous-marin nazi empli de lingots, débordera sur les pays frontaliers. On trouvera également, dans ce roman,  des références à ses illustres prédécesseurs.

Car en effet, quand il est questions de ténors du crime, quand on trouve à l’arrière plan des enfances difficiles, des asiles ou des orphelinats, le tout sur un ton très feuilletonesque, on s’attend presque à voir apparaître des individus comme Georgette Cuvelier, ennemie jurée du fameux détective Harry Dickson. Mais les caractères français très marqués, la manière dont Seth dupe les autorités en tous genres, son don pratiquement surhumain pour l’imitation et le déguisement évoquent immanquablement le personnage phare de Pierre Souvestre et Marcel Allain : Seth s’impose clairement comme un avatar moderne de Fantômas.

L’intérêt majeur de « La Règle de Seth » ne réside donc pas dans ses péripéties –  puisque si certains rebondissements sont astucieux, d’autres ne font que répondre aux rituels pratiquement immuables du genre – mais plutôt dans cette ambiance toute particulière qui aux progrès du futur mêle des caractères archétypaux que l’on aurait pu retrouver dans un récit du siècle passé, et donne par moments l’impression de voir des progrès high-tech dans un film en noir et blanc. Une ambiance somme toute plaisante, et véritablement originale. Reste à savoir si cette tonalité prendra auprès du plus jeune public, qui verra peut-être dans ce roman des références plus contemporaines, les super-méchants étant devenus, sous la férule hollywoodienne, encore plus super et encore plus méchants. Quoiqu’il en soit, d’après la rumeur, d’autres volumes des aventures de Seth sont d’ores et déjà programmées par Hervé Jubert. On ne peut qu’être curieux de savoir quels plans et quelles abominables surprises nous réserve cette entité maléfique (nous parlons ici de Seth, pas de l’auteur !), et de découvrir comment le superflic Luther et ses amis parviendront à les déjouer.

La Règle de Seth

Hervé Jubert

Couverture : Manon Bucciarelli

Editions Gründ

Prix : 14,95 euros