Ayant apprécié et chroniqué les deux premiers tomes de la trilogie faussement jeunesse de Stéphane Tamaillon chez Gründ romans, je ne pouvais manquer de lire le troisième et dernier opus de ce premier cycle – on espère une suite – tout juste paru : Le maître des hybrides.

L’illustration de couverture, comme les deux premières due à Benjamin Carré, respecte le style de la série  tout en donnant le ton particulier de cette nouvelle aventure. A noter pour les lecteurs qui n’ont pas encore lu le tome 2, un regrettable spoiler dans la 4ème de couverture du tome 3.

Londres, 1891. Hector Krine, anéanti par la mort de son fils, peine à reprendre le cours de sa vie. Une nouvelle affaire le met sur la piste de Charles Lungri, un forcené en fuite qui pourrait être Jack l’Eventreur en personne. Aidé de la déesse Bastet et de l’écrivain Rudyard Kipling, le détective découvre bientôt les monstrueuses expériences qu’un savant fou orchestre sous la ville. Dans les ruines d’une cité antique oubliée se terre un péril qui menace d’engloutir la civilisation. Cette troisième enquête est celle de tous les dangers pour Hector Krine.

Après un court détour par les Carpates qui clôt l’épisode précédent, Krine se retrouve à Londres. Une ville tentaculaire et cannibale, sillonnée d’autocabs et peuplée de grouillants, de divinités déchues, d’elfes alcooliques… (On sent que l’auteur prend un vrai plaisir à faire vivre cette cité.)

Son ami, le docteur Jekyll, tente de sortir l’inspecteur Krine de sa dépression en lui présentant un ancien condisciple qui cherche à mettre la main sur un patient évadé de l’asile. Mais cet ami est-il ce qu’il prétend et cet évadé est-il bien fou ? L’auteur se plaît cette fois-ci à multiplier les faux-semblants, à brouiller les pistes tant pour l’inspecteur que pour le lecteur.

Outre les personnages connus, Krine, Jekyll mais aussi Bastet la déesse égyptienne et  Kemp l’homme invisible, on découvre une foule de petits nouveaux comme par exemple Rudyard Kipling et son pisteur, Mowgli ! Stéphane Tamaillon n’hésite pas à utiliser les mythes les plus variés pour agrémenter son récit. Voilà donc l’Arbre monde de la mythologie viking au cœur de Londres où Odin sert  des chopes d’ambroisie pendant que Thor fait le service d’ordre et le géant Ymir sous-loue les parties les plus discrètes à des renégats de tous bords. Mais surtout, l’auteur revisite l’histoire de l’île du docteur Moreau de Wells dont le thème constitue le motif principal de cette nouvelle enquête.

J’ai beaucoup apprécié ce dernier volet même si j’ai trouvé la fin un peu trop rapide. Impossible d’en parler ici sans trop en révéler mais j’aurais aimé que l’auteur se laisse plus de temps pour le dénouement final.  Mais peut-être étais-je tout simplement déçue que ce soit déjà fini ?

Je considère cependant que la trilogie de Krine n’est pas de la littérature pour jeunes lecteurs. Pas parce qu’on y assassine sans vergogne bon nombre de personnages, mais bien parce qu’il faut une certaine culture littéraire pour apprécier le style de Stéphane Tamaillon. Un lecteur de 12 ans qui ne connaît pas la légende des Géants de givre ou le mythe de la création du monde viking, qui n’a jamais lu Wells ou ne sait rien du Livre de la jungle (pas la version disney !), peut lire Krine au premier degré mais perd pratiquement tout ce qui fait l’intérêt de la série : cette incroyable capacité de l’auteur à mêler le réel, l’histoire avec un grand H, les mythologies et les grands classiques de la littérature fantastique.

Krine T3

Le maître des hybrides

Stéphane Tamaillon

Gründ romans

octobre 2012