A l’usine Polyplast, où l’on fait beaucoup d’économies sur le volet sécurité, une explosion tue trente-sept employés, dont le père de Malik. Une aubaine pour le système des nantis, parfaitement organisé pour que tout, et même le pire, lui profite : le patron touche d’énormes indemnités compensatrices, l’entreprise délocalise en Malaisie pour compenser sa chute de production et, bien entendu, s’empresse de licencier à tour de bras. Tous ces éléments font instantanément remonter les actions de Polyplast au zénith. Quant à Malik et aux autres membres de sa famille, ils reçoivent un courrier de la préfecture leur annonçant qu’avec le salaire du défunt en moins, ils sont désormais considérés comme à ressources insuffisantes et par conséquent expulsables du territoire français.

C’est donc dans un futur qui ressemble très fortement à notre présent ou aux orientations qu’il pourrait prendre à court terme que nous emmène Jean-Marc Ligny. Hormis quelques détails – des nanopuces d’identification sont greffées à chaque élève, les camions fonctionnent avec des turbines à hydrogène et le commissaire Demazières, de la brigade antiterroriste, est assisté par une Intelligence Artificielle « tapie dans les fibres des télécoms telle une araignée guettant ses proies » ce monde pourrait être le nôtre.

Malik voudrait bien trucider lui-même le patron de l’usine, mais Fiora, une activiste écologiste dans une manifestation, l’en dissuade. Tous deux fondent alors un groupuscule illégal, les Ecowarriors, destiné à leur permettre de prendre leur revanche et de faire évoluer le monde dans un sens meilleur. Pour cela, ils recrutent NoMan, un taggueur aux talents d’artiste, The Beast, un costaud de leur banlieue, TitNat, dégoûtée par son père vigile à la solde des nantis, Bruno, un ami de Fiora, et Mazzar, ingénieur informaticien d’origine indienne. Assistés par Charles de Senlis, mouton noir d’une longue lignée d’aristocrates affichant des idées révolutionnaires, ils se lancent dans une spirale d’actions directes et spectaculaires prenant pour première cible le PDG de Polyplast.

Tout ceci, on s’en doute, ne finira pas très bien. Avec des éléments empruntant au road-movie et au roman noir, en un mélange de thriller et de polar désespéré, Jean-Marc Ligny propose un récit à la fois simple et tendu, lisible et compréhensible par tous, et s’adressant aussi bien aux adultes qu’aux plus jeunes, les membres des Ecowarriors étant majoritairement des adolescents de banlieue. Un récit dont l’émotion n’est pas absente, aux personnages particulièrement bien rendus, et dans lequel, au rythme des enthousiasmes, des revers, des illusions et des désillusions des membres du petit groupe, l’on se retrouve rapidement happé.

Avec Green War, Jean-Marc Ligny nous propose donc un roman qui, comme c’est souvent le cas avec la science-fiction, a surtout pour but de faire réfléchir à ce qu’est le présent, à ce que signifient ses prétendus progrès, et surtout à ce qu’ils peuvent dissimuler comme dérives, comme stagnations, comme impasses. Une science-fiction militante et mature qui nous rappelle que malgré les avancées technologiques, les inégalités demeurent et même s’aggravent, qu’au-delà des gadgets il y a des individus et des injustices, et que de ce côtélà nous donnons surtout l’impression d’être figés dans un présent éternel.

 

Green War

Jean-Marc Ligny

Couverture : Nemo Sandman

Editions Lokomodo

Prix : 8 euros