Dès la fin du tome 3, le lecteur pouvait découvrir les origines du guerrier noir.

Retrouvé babillant sous le cadavre pendu de sa mère, Guts est né dans la boue et le sang. Un groupe de mercenaires le découvre et l’une des rares femmes insiste pour le garder. Elle est l’épouse du chef, Gambino, qui préfère céder à son caprice. Les années passent. Les mercenaires pensent que la présence de Guts leur porte malheur : ils peinent à gagner leurs campagnes de guerre et la mère adoptive du garçon se meurt de maladie. Endurci par ses combats, Gambino ne pleure pas son épouse, à peine est-elle enterrée qu’il décide de faire de Guts un guerrier qui sera utile sur le front, qui méritera son pain quotidien. Guts est un enfant renfermé mais il aimerait que Gambino lui voue quelque affection. Il redouble d’efforts en dépit des coups, de la sévérité excessive de Gambino, des combats sauvages auxquels il prend part dès ses neuf ans. Très vite, il décide de choisir une épée plus grande que lui. C’est un difficile art que de la manier mais il se sent plus fort avec ce genre d’arme. Pourtant, la malchance poursuit Gambino et son groupe. Une attaque lui coûte une jambe et le rend plus vindicatif. Guts fait de son mieux pour l’aider mais sa récompense est une trahison : contre paiement, son père adoptif le livre aux appétits d’un de ses hommes. Guts vit l’enfer pour la première fois. Quand il se relève, il tue. Son bourreau pour commencer. Puis Gambino. Avant de s’enfuir. Des nouvelles années s’écoulent durant lesquelles Guts vend ses talents de mercenaire solitaire au plus offrant. A force d’entraînements, de contrats remplis et de duels, il est devenu un guerrier invincible. Son corps est celui d’un géant brutal et sa seule soif est de prouver sa force. Jusqu’à ce qu’il rencontre Griffith. Un simple duel face à ce jeune homme qui ne lui ressemble en rien scelle à jamais leur destin. Fasciné par ce garçon dont le rêve est exceptionnel et ambitieux, Guts décide de rejoindre son groupe et de soutenir celui qui deviendra son meilleur ami et son pire cauchemar.

Cet « âge d’or » est à la fois fictif et décisif pour cette série comme pour son personnage principal. On découvre les racines de Guts, celles de sa rage constante, du lien qui l’enserre à la mort et au carnage, de son amitié inconditionnelle pour Griffith et les autres membres d’un groupe de mercenaires qui poursuit un autre but que l’appât du gain. A leur contact, Guts va apprendre à faire confiance de nouveau, à aimer, à défendre une cause. Au sein de ces hommes, la figure de Casca, seule fille et bien meilleur bretteur que nombre de ses compagnons d’armes, est à la fois source de tracas et de gêne pour Guts. Il a bien du mal à déterminer sa place, celle qu’il aimerait se faire et celle que ses nouveaux amis voudraient bien lui donner, alors se retrouver au contact d’une telle créature, revêche à souhait par-dessus le marché est un problème. Casca vénère Griffith et l’amitié profonde qui se lie entre lui et Guts lui déplaît. C’est au fil des aventures de ces personnages que le lecteur poursuit son incursion dans le passé du héros. Ou comment il en est venu à haïr le monde, à être un homme « sacrifié » par Griffith et harcelé par des démons qui lui ont pris un bras, un œil, une part de son âme. Le rapport entre le titre de «Berserk » et la nature profonde du héros est sous jacente encore une fois. Sans être démontrée ni clairement exprimée, le lecteur qui connaît un peu la mythologie nordique ou s’y intéresse comprendra le lien.


A la lecture de ces tomes qui composent un nouvel « âge » dans l’aventure de Berserk, il est évident que le style de Kentaro Miura ne cesse de gagner en qualité.
Graphiquement, le soin des détails, des décors, de la multitude lors des batailles, du rythme des affrontements armés posant Guts en bretteur exceptionnel et violent, de la mise en scène, du choix des aplats sombres pour alourdir encore certains épisodes, quelques ambiances, contrastent avec les blancs qui dénotent l’espoir d’autres moments. Mais le plus remarquable reste justement l’opposition évidente entre Guts et Griffith, son frère de cœur et de malheur.
Si Guts est grossier de corps, de visage, d’attitude et donc inquiétant, Griffith est svelte, élégant, presque trop gracieux pour un homme et trop pour un combattant. Ils sont comme la nuit et le jour, les deux facettes d’une même pièce.

Car leur différence physique n’est pas la seule : Guts ne se bat que pour lui, il ne jauge les situations qu’en fonction de son intérêt tandis que Griffith ne pense et n’agit qu’en fonction de ses compagnons et du but qu’ils poursuivent.

Peu à peu, comme on apprivoise un animal sauvage, Griffith va faire entrer Guts dans son monde, dans sa vision d’un rêve de conquérant. On ressent le changement qui s’opère en Guts bien que ce dernier soit peu démonstratif. Kentaro Miura est très habile dans sa manière de conduire son histoire. Car, le temps passant, les quelques apparitions de créatures étranges et du pendentif Béhérit que porte Griffith aident le lecteur à percevoir  que ce rêve est trop beau pour aboutir sans que le prix fort soit exigé.

 

Berserk tomes 4 à 11 – Kentaro Miura

Editions Glénat

Collection Seinen

Prix à l’unité : 6.90 euros