Japan Expo Awards 2007 du Meilleur Seinen, Berserk est un manga fleuve d’une exceptionnelle qualité graphique et scénaristique aussi mieux vaut-il le découvrir suivant les différentes « ères » mises en place par son créateur Kentaro Miura.

Dans un monde médiéval rude où ne règne que la loi du plus fort, un guerrier noir chemine vers son destin. Drapé dans une cape de nuit, une épée plus longue que sa gigantesque taille fixée au dos, un bras-canon fixé sur son moignon droit, Guts trace sa route en quête de ce qui le traque. Malgré un œil borgne, rien ne lui échappe et moins encore la noirceur de ce monde. Dans une auberge mal fréquentée, l’elfe Puck est victime de la cruauté de mercenaires qui s’amusent à chercher la façon la plus sadique de le tuer. Quand soudain entre Guts. Il frappe à mort trois d’entre eux et transperce le nez d’un quatrième qu’il immobilise sur le comptoir, une flèche dans l’os nasal. Plus rien ne soupire dans la place, sauf les paroles de Guts : « dis-lui que le guerrier noir approche ». Tandis qu’il sort, Puck profite de l’aubaine pour s’évader et vole après son sauveur. Peine perdue : Guts affirme qu’il n’a pas fait cela pour le sauver, le hasard les a tous deux servis voilà tout. Sensible aux émotions de par sa nature d’elfe, Puck perçoit immédiatement toute la rage, la colère, la haine, la rancœur, la peur et les tourments cachés de Guts. Généreux et facétieux de nature, l’elfe décide de suivre néanmoins cet homme providentiel et tant pis s’il n’a guère l’air rassurant. Ils entrent dans une cité et Guts est immédiatement arrêté et emprisonné au palais. Battu, questionné, il ne pipe mot mais Puck assiste à son supplice en serrant les dents. Heureusement, la nuit apporte un sursis au guerrier, dont profite le petit être pour lui apporter fièrement les clés de sa cellule. Enfin, ils seront quittes ! Effaré, Puck regarde Guts rire aux éclats. Ils ne sont pas quittes, il a fait exprès de se laisser capturer, celui qu’il cherche est dans ces murs, il a une réputation de mangeur d’homme et de boucher que les petites gens craignent. Libéré plus tôt que dans ses calculs, Guts ignore l’elfe et récupère son impressionnant arsenal. Dépité et furieux, Puck ne peut s’empêcher de suivre Guts à l’assaut de sa proie. Les rues sont en ébullition : le seigneur a décidé de faire massacrer quiconque se trouverait sur le chemin de ses soldats. Sans hésiter, Guts se jette dans la bataille et tranche les ennemis pas dizaines. Surgit alors sa proie : le seigneur des lieux, le cannibale. Face à Guts, il se dit être un apôtre et se transforme en un être répugnant, un démon serpent. Il appelle Guts « un sacrifié », parle d’une marque que Puck remarque enfin, à l’arrière du cou de son compagnon. Elle ressemble à une rune et saigne. Le combat est rude mais Guts en ressort vainqueur. Alors qu’il quitte la ville et le chaos, Puck l’observe, indécis. Il voit en lui un véritable « Berserk ».
Mais la traque du guerrier noir se poursuit et Puck, bien décidé à racheter sa dette, ne le quitte plus. Sous ses dehors bourrus, sa soif de tuerie et son apparente indifférence aux malheurs d’autrui, Puck va découvrir que Guts combat à la fois son passé de terreur et des ennemis immortels qui ont fait de lui un homme sans repos. Car à cause des cinq « God Hands », Guts est devenu un sacrifié…

Première incursion dans le sombre, très sombre manga « Berserk ». Oubliez tout ce que vous avez lu et croyez savoir du manga dit « seinen » ou « dark manga » car « Berserk » entraîne ses lecteurs aux confins de l’Enfer. Ces trois premiers tomes sont une présentation du monde qui fait et a fait le personnage principal, Guts. On ne sait encore rien de lui et on le découvre au travers des yeux innocents du petit Puck. Le contraste entre la nature violente et bourrue de Guts et celle légère et rieuse de l’elfe est un véhicule idéal pour cette entrée en matière. La légèreté apportée par le personnage de Puck aide à entrer comme à poursuivre la lecture. Un héros qui a tout du anti-héros n’est pas l’idéal pour fidéliser le lectorat, surtout dans l’univers du manga, mais Kentaro Miura l’a fait. Cette audace se confirme et se perfectionne au fil des pages qui font apparaître non seulement un graphisme très éloigné des codes du genre mais surtout une histoire terrifiante.

La magie est un élément important dans les mangas, de tous bords, mais dans « Berserk », elle n’est que cruauté démoniaque, créatures de l’enfer qui pullulent, s’octroient une place de chef et usent de leur autorité pour mieux se repaître de ce qui fait leur force : la peur inspirée et les vices suprêmes. Entre tortures et cannibalisme, sans oublier incestes, viols et tueries de masse, Kentaro Miura ne fait pas dans le détail. Il impose un monde infernal qui n’est ainsi que par la folie des hommes. Car on perçoit dès le tome 2 que ces serviteurs des démons nommés « God Hands » sont des complices consentants, rendus esclaves par l’illusion de retrouver ce qu’ils ont perdu de plus cher, de gagner en pouvoir et peut-être de vaincre la mort. On comprend aussi que Guts, la grosse brute que possède une âme barbare lors des combats, est une victime de ces démons.

De par la marque qu’il porte, il est la proie des serviteurs démoniaques qui doivent le tuer pour leurs maîtres. Cette marque n’est encore qu’un indice mais le lecteur peut se perdre en conjectures ! Le traqué est donc devenu un chasseur. Il n’a peut-être pas le choix s’il veut survivre et éradiquer les « God Hands ». Mais peut-il vaincre des démons immortels ? Lui, un simple humain ? Les pistes de lecture se multiplient sous un trait plus attaché à l’illustration fantasy occidentale qu’aux codes graphiques du manga. Pas de grands yeux, pas de tracés lisses mais un travail minutieux sur le décor, presque maniaque, un subtil jeu des dégradés entre ombre et lumière, des représentations physiques détaillées de sorte que l’on distingue chaque muscle, chaque cicatrice, chaque élément des costumes. Les scènes d’action sont découpées au millimètre de sorte que l’on peut en suivre le déroulement comme sur un story-board et apprécier la maîtrise technique des combattants et surtout du personnage principal.

Le travail des éditions Glénat est impeccable sur ces planches et on peut saluer le courage qui fut le leur de commencer la publication d’un tel manga à une époque qui ne saluait pas forcément ni le genre ni le style de récit visuel très dark fantasy. Aucune censure, dans les dialogues comme dans les images, “Berserk” a gardé toute sa stature et son mordant même en version française.


Passé les premières impressions très fortes liées à la présentation d’un monde sans pitié, royaume de tous les égarements possibles, on se laisse happer par les aventures de Guts, d’autant plus que le troisième tome se termine sur l’ère suivante : celle des souvenirs, de l’enfance de ce héros qui est né avec la mort.

Berserk tomes 1 à 3 – Kentaro Miura
Editions Glénat – collection Seinen
Prix : 6.90 l’un